Alors que je quittais ce qui avait été chez moi, pendant 11 ans, je me remémorais le passé... Comment une petite fille de 7 ans s'était perdue et s'était retrouvée en plein milieu d'une forêt d'allure des plus mystiques. Je ne pourrais jamais oublié ce jour...
J'avais décidé de partir de chez mes
géniteurs, je ne supportais plus d'être traitée comme une intruse,
un nuisance, comme quelqu'un qui n'avait jamais été désirée.
C'était trop pour moi. Et puis au pire, si je ne trouvais rien, je
reviendrai et je subirai en silence jusqu'à ce que j'ai l'âge et à
nouveau le courage de partir. Mais je m'étais lancé. Je ne savais
pas très bien dans quelle direction partir. Il y avait tellement de
chemins, tellement de possibilités, tellement de mondes, de
personnes et d'endroits à découvrir.
Mais malgré toutes ces incertitudes,
mon regard était irrémédiablement attiré par cette forêt. Cette
forêt dont on m'avait toujours interdite l'accès, à part quand je
devais aller chercher du petit bois pendant l'hiver pour alimenter le
chauffage. De douces lumières l'éclairaient la nuit, comme des
petites fées parcourant gaiement les bois. Ça devait être ça qui
m'avait tant attirée, qui m'avait poussée à y entrer sans que je
n'y fasse attention.
Quand j'y marchais la journée, la
forêt paraissait joyeuse pleine de vie et de mystères indécelables.
Je voyais de tant en tant de petits animaux parcourir les fourrées.
Je n'étais pas effrayée pour parcourir les marais, la présence
d'incalculables petits poissons et même certains qui étaient plus
gros avait tendance à me rassurer tant bien que mal. Je chantonnais
gaiement durant ma longue marche pour me motiver et me donner
courage.
Il fallait être courageuse avec la
forêt qui s'obscurcissait avec la nuit tombante. Il n'était plus
alors questions de petits chants et de petits animaux qui
m'accompagnaient, mais plus d'un silence. Un silence horrible, un
silence angoissant, terrifiant pour un petite fille de 7 ans. Mais je
continuai de marcher dans l'espoir de tomber sur une quelconque
habitation ou endroit qui aurait pu m'accueillir pour la nuit du
moins.
Mais aucun signe de cette habitation
et peu à peu le noir s'engouffra dans la terrible forêt, et je ne
pus voir pas plus loin que mes pieds. Ma progression se fit plus
lente et plus angoissante. J'évitais les fourrées et les marais. Je
ne leur faisais plus confiance, je me méfiais d'eux et de ce qui
pouvait se cacher à l'intérieur. Au moindre bruit je m'arrêtai,
apeurée. Je me croyais dans un autre endroit, un endroit où
sommeillait tous mes cauchemars.
Où étaient passé les petites fées
qui éclairaient les nénuphars et les arbres de la forêt ? Où
étaient passés les joyeux animaux gambadant à mes côtés ?
Ils avaient disparu, engloutis par l'obscurité dévorante de la
forêt, tout comme moi. Je me sentais disparaître dans cette
obscurité, dirigée par ma peur et mon anxiété. Mais je luttais,
je luttais contre la forêt. J'avais un objectif et je comptais bien
le réaliser.
Mais bien sûr, une autre chose vint
ralentir, voir arrêter ma progression. Une faim et une fatigue des
plus insoutenables. Je pouvais me combattre contre la faim, je
l'avais déjà fait à maintes reprise dans mon ancien chez moi. Mais
la fatigue était une autre affaire, ma vision se brouillait, mes
mouvements se faisaient plus lents et plus maladroits. De telle sorte
que je tombais de nombreuses fois. Avec de plus en plus de mal à me
relever après chaque chute.
Je ne savais plus combien de temps
j'avais lutter contre ce redoutable adversaire. Tout ce dont je me
souviens c'est que je ne voulais pas m'endormir en plein milieu de la
forêt. Là, où toutes mes craintes auraient lentement me dévorer
et ne laisser de moi qu'une coquille vide dont les charognards
auraient pu s'occuper. C'était donc par la peur et une conviction
infaillible que je continuai cette marche de martyre.
Lors d'une énième chute, mes mains
rencontrèrent une branche relativement épaisse et suffisamment
solide pour soutenir mon poids. Je me redressai à l'aide de cette
canne improvisée et je continuai ma marche. Mais la canne se brisa
et je tombai sans pouvoir me relever. Me laissant gagner par le
sommeil qui me donna des cauchemars si horrible que je ne pourrais
jamais les oublier.
Lors de mon réveil, j'étais dans une
couchette, au chaud avec une délicieuse odeur de nourriture qui
réveillait mon ventre anesthésié, laissant place à une faim
dévorante qui m'en donnait des vertiges. Je m’asseyais et je
cherchais du regard d'où pouvait provenir ce délicieux fumet. Ce
que je découvris me décontenança à au plus haut point. Je n'y
étais tellement pas préparé que je faillis crier sous la surprise.
Une vieille femme d'une
quatre-vingtaine d'années préparait un ragoût dans une sorte de
pavillon. Autour de moi, se trouvait une vingtaine d'autres enfants
eux aussi endormis et tout aussi sales que je l'étais. Lorsque la
vieille femme me vit elle me fit signe d'approcher, je lui obéis
docilement. Après tout ça devait être elle qui m'avait sauvée de
l'obscure forêt. Et pour cela, je lui en serais toujours
reconnaissante.
Elle me demanda mon nom et pourquoi je
m'étais retrouvée dans cette forêt. Je lui expliquai tout jusqu'au
moindre détails. Lorsque j'eus fini, j'avais les larmes aux yeux et
elle me tendit un bol remplit de ragoût que je m'empressai de
manger. Elle se présenta comme mon maître. Elle me dit que grâce à
elle j'allais devenir forte et brave, que je n'aurais plus aucune
peur et que cette forêt deviendrait comme ma deuxième maison.
Puis peu à peu tous les autres
enfants se réveillèrent, tous plus affamés, les uns que les
autres. Ils semblaient tous se connaître et être habitué à ce
mode de vie. Je me fis discrète, j'avais encore peur. Une fois mon
repas terminé, je partis laver mon bol et moi-même dans la rivière.
Puis s'ensuivit une habitude de vie que j'allais adopter durant les
onze courtes années que j'allais vivre ici.
La vieille tint sa promesse, elle
devint mon maître et tous les jours elle m'accompagna dans l'obscure
forêt. Les premiers jours furent les plus dures. Puis j'appris et
j'appliquais avec de plus en plus de facilité ce que me disait mon
maître. Je devins plus forte, plus rapide, presque sans peur. Car
malgré tout cet entrainement à la nuit tombée la forêt redevenait
le lieu de tous mes cauchemars et hantises. Et rien ne pouvait y
faire.
Le maître m'apprit alors l'art du
combat, pour que je sache me défendre contre mes peurs et ceux qui
me voudraient du mal. J'appris cet art après de nombreuses
difficultés mais avec une admiration immense. Cela m'épanouit et me
donna une forte confiance en moi. Au bout de nombreuses années, je
n'eus plus rien à apprendre de cet art. Le maître se déclara
satisfaite de moi et cela me donna une grande satisfaction.
Une satisfaction qui s'éteignit vite
quand elle m'apprit que je devrais passer une nuit entière sans arme
et équipement au cœur de la forêt obscure. J'avais envie de
progresser, mais j'avais promis au maître que je ferais tout ce
qu'elle me dirait. Je partis donc sans équipement, sans armes au
plein cœur de la forêt. Je n'avais aucune protection même pas
celle de mes vêtements. Seule la peur m'habitait.
Je ne dormis pas cette nuit. Je
restais assise au plein milieu d'une clairière à écouter,
comprendre et à essayer de chasser toute peur de mon esprit. Cette
épreuve fut la plus difficile d'entre toutes et de loin. Car il n'y
avait rien à comprendre et rien à écouter à part le terrible et
assourdissant qui m'entourait et m'enveloppait, renforcé par
l'obscurité qui régnait en maître en ces lieux. Peu à peu je
m'oubliais et me laissais gagner envahir par la peur.
Puis petit à petit, je compris. Je ne
pourrais pas l'expliquer mais je compris quelque chose. La peur me
quitta peu à peu. Je me sentis sereine. La lune vint éclairer la
forêt et les fées dont j'avais tant rêver firent enfin leur
apparition. Je me levai, émerveillée par tant de beauté. Le bruit
des insectes et des animaux de la nuit me parvinrent enfin. Et je pus
définitivement me libérer de cette peur. Je traversai les marais et
les fourrées sans problèmes, j'étais de nouveau libre.
Quand je revins au pavillon mes
affaires m'attendaient sur le porche. Je m'y attendais de toute façon
je n'avais plus rien à apprendre. Mon maître m'avait appris en ces
onze années tout ce qu'il fallait apprendre, tout ce que je devais
apprendre. Je m'habillai et je me saisis de mes affaires et armes et
je partis sans me retourner, me plongeant dans cette forêt que je
comprenais et qui me comprenait. J'étais devenue quelqu'un d'autre,
j'étais devenue moi.
(Texte pour un concours d'écriture dont on devait se baser sur l'image précédente.)
(Texte pour un concours d'écriture dont on devait se baser sur l'image précédente.)
